Greenpeace -Professeurs « à vendre » : quand les universitaires acceptent de passer sous silence les sources de financement « carbonnées » de leurs études

Greenpeace Québec - Montréal

Greenpeace -Professeurs « à vendre » : quand les universitaires acceptent de passer sous silence les sources de financement « carbonnées » de leurs études

8 décembre 2015 (Montréal) – Aux États-Unis, un éminent professeur climatosceptique s’apprête à prendre la parole lors de l’audience du républicain Ted Cruz, candidat à la présidentielle, devant le Sénat américain. Or ce professeur a accepté la proposition d’enquêteurs de Greenpeace de recevoir de l’argent d’une mystérieuse entreprise pétrolière du Moyen-Orient.

Une enquête menée sous couverture par Greenpeace Royaume-Uni montre comment l’industrie fossile s’y prend pour payer en sous-main des professeurs issus de prestigieuses universités américaines et leur faire publier des rapports qui discréditent la science du climat au profit des intérêts industriels.

En se faisant passer pour des représentants d’entreprises du charbon et du pétrole, des reporters/enquêteurs de Greenpeace Royaume-Uni ont demandé à des professeurs de l’université de Princeton et de l’université de Pennsylvanie d’écrire des articles pour promouvoir les bénéfices du CO2 et l’utilisation du charbon dans les pays en développement.

Les professeurs en question ont accepté la proposition et déclaré qu’ils n’avaient pas besoin de rendre publiques leurs sources de financement.

Alors qu’il évoquait des documents ainsi financés par l’industrie, notamment des discours lors d’audiences publiques et des articles publiés dans la presse, le professeur Frank Clemente de l’université de Pennsylvanie a déclaré : « Dans aucun de ces cas, le commanditaire n’a été identifié. Je publie tout mon travail en tant que chercheur indépendant ».

Le professeur William Happer, universitaire climatosceptique de premier plan, a accepté d’écrire un rapport pour une « compagnie pétrolière du Moyen-Orient » et de ne pas divulguer sa source de financement.

W. Happer doit s’exprimer cet après-midi même devant le Sénat américain, en tant qu’orateur principal d’une audience organisée par le candidat républicain aux présidentielles Ted Cruz.

Dans des courriels envoyés aux enquêteurs de Greenpeace, W. Happer a également dévoilé que le géant américain du charbon Peabody Energy avait déboursé des milliers de dollars pour qu’il prenne la parole dans le cadre d’une autre audience publique, l’argent ayant été versé à un think-tank climatosceptique.

L’enquête et les documents sont disponibles sur http://energydesk.greenpeace.org/

L’enquête de Greenpeace a également mis au jour les faits suivants :

  • Peabody Energy a versé des dizaines de milliers de dollars à un professeur universitaire qui a mené des recherches complaisantes pour le charbon et témoigné lors d’audiences publiques sur le climat (au niveau fédéral et des États) ; le montant exact n’a jamais été révélé.
  • L’organisation Donors Trust, parfois décrite comme le « distributeur automatique d’argent sale » du mouvement conservateur américain, a confirmé dans une conversation enregistrée avec un enquêteur sous couverture qu’elle pouvait, de façon anonyme, acheminer des fonds provenant d’une compagnie pétrolière du Moyen-Orient vers des organisations américaines climatosceptiques.
  • William Happer, professeur à l’université de Princeton, a présenté en détail le processus « d’évaluation par des pairs » de la Global Warming Policy Foundation (GWPF), un think-tank britannique climatosceptique, et a affirmé qu’il pouvait faire passer par un processus similaire un rapport financé par l’industrie fossile, après avoir admis qu’il serait difficile de le faire publier dans un journal universitaire.
  • Un rapport récent de la GWPF passé par le même processus « d’évaluation » non officiel a été présenté comme un travail « soigneusement examiné par des pairs » par Matt Ridley, un journaliste bien connu outre-Manche et membre important de la GWPF.

Ces résultats font écho au cas de Willie Soon, un éminent chercheur qui, comme l’avait révélé une enquête du New York Times, avait accepté des fonds de la part d’entreprises des combustibles fossiles et de donateurs anonymes pour écrire des articles scientifiques climatosceptiques.

Les enquêteurs ont approché les universitaires en se faisant passer pour des représentants d’entreprises des combustibles fossiles qui voudraient commander des recherches « indépendantes ».

Ils ont demandé au professeur Frank Clemente, sociologue à l’université de Pennsylvanie, s’il pouvait écrire un rapport pour « contrer les recherches préjudiciables qui établissent un lien entre le charbon et les morts prématurées, en particulier le chiffre de l’OMS selon lequel 3,7 millions de personnes meurent chaque année de la pollution des combustibles fossiles ». L’universitaire a affirmé qu’une telle mission était dans ses cordes, qu’il pouvait être cité avec son titre universitaire… et qu’il prendrait environ 15 000 dollars pour un article de 8-10 pages.

Lorsqu’on lui a demandé s’il avait besoin de rendre publique l’origine des fonds, le professeur Clemente a déclaré : « Il n’y a aucune obligation à déclarer les sources de financement aux États-Unis ». Il a ensuite cité l’exemple d’un discours et d’une tribune financés par Peabody, ajoutant : « Dans aucun de ces cas, le commanditaire n’a été identifié. Je publie tout mon travail en tant que chercheur indépendant. »

Le professeur Clemente a également affirmé que pour un autre rapport sur « la valeur mondiale du charbon », il avait reçu la somme de 50 000 dollars de la part de Peabody Energy. La source du financement était mentionnée en petits caractères sur l’article, mais le montant perçu n’avait encore jamais été divulgué jusqu’à aujourd’hui.

La prédisposition des professeurs Happer et Clemente à garder sous silence leurs sources de financement va à l’encontre de l’éthique de certaines revues scientifiques. La revue Science, par exemple, affirme dans ses conditions de soumission d’articles que tous les auteurs de travaux de recherche « doivent mentionner clairement leurs affiliations, sources de financement ou participations financières qui pourraient soulever des questions sur de possibles conflits d’intérêts ».

L’enquête a également mis au jour l’existence de « voies alternatives » permettant à des entreprises pétrolières et gazières étrangères de financer, tout en gardant l’anonymat, des scientifiques et des organisations américaines climatosceptiques.

Lorsqu’on lui a demandé de garantir qu’il serait impossible de remonter jusqu’à la source de financement du rapport au Moyen-Orient, le professeur Happer a contacté William (Bill) O’Keefe, un de ses collègues du conseil d’administration du think-tank CO2 Coalition et un ancien lobbyiste pour le compte d’Exxon. Ce dernier a suggéré de faire passer la commande via Donors Trust, une organisation controversée et parfois surnommée « le distributeur automatique d’argent sale » du mouvement conservateur américain.

Lorsque les enquêteurs ont demandé à Peter Lipsett du Donors Trust si cette organisation accepterait de l’argent d’une compagnie pétrolière basée au Moyen-Orient, il a répondu que même si le Trust préférerait que l’argent provienne d’un compte bancaire américain, « nous pouvons accepter [des fonds] provenant d’un organisme étranger, mais il faudra juste que nous fassions très attention ».

Nos reporters/ enquêteurs sous couverture ont également demandé au professeur Happer, qui siège au Conseil consultatif académique de la GWPF, s’il pouvait soumettre le rapport financé par l’industrie au même processus de « validation par des pairs » qui aurait permis « un examen attentif par les pairs » de précédents rapports de la GWPF. Le professeur Happer a expliqué que ce processus consistait à faire évaluer les rapports par des membres du Conseil consultatif et d’autres scientifiques sélectionnés, plutôt que de les présenter à une revue universitaire.

Il a ajouté : « Je serais ravi de demander le recours à un processus similaire pour les premières ébauches du texte que j’écrirai pour vos clients. À moins que nous ne décidions de soumettre le texte à une revue classique – avec toutes les complications de retard, voire de rédacteurs et réviseurs romanesques que cela implique – c’est la meilleure chose à faire, et je pense qu’on pourra tout à fait parler d’une « révision par les pairs ».

La GWPF a récemment utilisé son système « d’évaluation par les pairs » pour un rapport sur les bénéfices du dioxyde de carbone. Le Dr Indur Goklany, auteur du rapport en question, affirme avoir été initialement encouragé à l’écrire par le journaliste Matt Ridley , par ailleurs membre du Conseil consultatif de la GWPF, qui a ensuite déclaré dans les colonnes du Times que le rapport avait été « soigneusement examiné par des pairs ».

Commentant les résultats de l’enquête, le directeur de Greenpeace au Royaume-Uni, John Sauven a déclaré :

« Cette enquête lève le voile sur un réseau d’universitaires ‘disposés à vendre leurs services, qui permet aux entreprises des fossiles d’influer secrètement sur le débat climatique, sans laisser aucune trace. Nos recherches révèlent que certains professeurs d’universités prestigieuses peuvent être financés en sous-main par des entreprises des combustibles fossiles pour produire des rapports qui sèment le doute sur les changements climatiques. La question qui se pose maintenant est très simple : au fil des années, combien de rapports scientifiques qui ont semé le doute sur les changements climatiques ont été effectivement financés par les industriels du pétrole, du charbon et du gaz ? Cette enquête montre comment ils procèdent ; il nous faut maintenant tirer au clair où et quand ils l’ont fait. Il est temps de faire la lumière sur les climatosceptiques. »

Il a ajouté :

« La fondation Global Warming Policy de Lord Lawson doit éclaircir certaines questions lourdes de conséquences. Peut-elle tolérer qu’un membre de son conseil consultatif académique soit secrètement financé par une prétendue compagnie pétrolière du Moyen-Orient pour produire un rapport ? Certains rapports de hauts responsables de la fondation de Lawson ont-ils été secrètement payés par l’industrie des combustibles fossiles ? La fondation aurait-elle accepté la proposition du professeur Happer de faire valider un rapport financé par l’industrie du pétrole via un processus similaire à celui de ‘l’examen par les pairs’ de ladite fondation ? La fondation admettrait-elle que son processus d’«examen par les pairs» est bidon, étant données les révélations du professeur Happer sur la façon dont il avait fonctionné précédemment sur un autre rapport ? La fondation soutient-elle son conseiller académique, Matt Ridley, qui avait décrit ce rapport comme « soigneusement examiné par des pairs ? »

–30–

Pour plus d’information :

Diego Creimer, communications, 514-999-6743

dcreimer@greenpeace.org

Comments are closed.